L'affaire des disparues de la gare de Perpignan : le serial killer de l'Estagnol enfin identifié ?
L’affaire des disparues de la gare de Perpignan : le serial killer de l’Estagnol enfin identifié ?
Depuis le milieu des années 1990, une ombre plane sur la ville de Perpignan et plus particulièrement sur le quartier de l’Estagnol, près de la gare. Des femmes, pour la plupart en situation de précarité ou travaillant dans les bars du secteur, disparaissent sans laisser de traces. Six disparitions ou meurtres non élucidés, tous frappés du sceau des mêmes interrogations. Pendant près de trente ans, la police judiciaire de Montpellier et les enquêteurs locaux ont tenté d’établir un lien entre ces affaires. Un nom, un lieu, un mode opératoire reviennent en boucle : la gare de Perpignan et ses abords immédiats. Ce cold case, l’un des plus tenaces du sud de la France, pourrait enfin connaître son épilogue.
Le quartier de l’Estagnol, terrain de chasse d’un prédateur
Le quartier de l’Estagnol, situé à quelques centaines de mètres de la gare de Perpignan, est un secteur populaire et animé, connu pour ses bars et sa vie nocturne. C’est là que les victimes ont été vues pour la dernière fois. Tatiana Andujar, 21 ans, disparaît en 1995 après avoir passé la soirée dans une discothèque du quartier. Son corps est retrouvé deux semaines plus tard dans un champ, à quelques kilomètres de là. Elle a été étranglée.
En 1998, Marie-Hélène Gonzales, une mère de famille de 37 ans, disparaît à son tour. Son corps ne sera jamais retrouvé. En 2001, c’est Mokhtaria Chaïb, 37 ans également, dont la dépouille est découverte dans un fossé, près de la gare. En 2008, Fatima Deregnaucourt, 42 ans, est retrouvée morte dans sa voiture, garée non loin du quartier. En 2010, Vanessa, 31 ans, disparaît après être sortie d’un bar de l’Estagnol.
« Toutes ces femmes avaient un point commun : elles étaient connues dans le quartier, fréquentaient les mêmes endroits. L’assassin, lui, connaissait leurs habitudes. C’est le signe d’un tueur qui opère en terrain familier. » – Ancien commissaire de la PJ de Montpellier.
Une enquête fragmentée et des années d’impasse
Pendant longtemps, chaque disparition a été traitée indépendamment par des services différents. Tatiana Andujar relevait de la brigade criminelle de Montpellier, tandis que l’affaire Mokhtaria Chaïb était suivie par le parquet de Perpignan. Il a fallu attendre les années 2010 pour que la police judiciaire rapproche les dossiers et évoque officiellement la piste d’un tueur en série.
En 2014, la juge d’instruction de Montpellier ordonne une expertise ADN systématique des scènes de crime. Les résultats sont frappants : plusieurs prélèvements effectués sur les corps de Tatiana Andujar et Mokhtaria Chaïb présentent des similitudes génétiques, confirmant l’hypothèse d’un même agresseur.
Mais le profil ADN du suspect ne correspond à aucun fichier connu. Comme dans l’affaire Caroline Dickinson, les enquêteurs se heurtent à un mur : un ADN de qualité, une signature certaine, mais aucun nom à mettre derrière.
Le rebondissement de 2024 : un suspect dans le viseur
En mars 2024, l’affaire connaît un tournant spectaculaire. La technique d’ADN par parentèle, utilisée avec succès dans plusieurs cold cases français, permet d’identifier un homme de 67 ans originaire des Pyrénées-Orientales. Selon les informations de France 3 Occitanie, cet individu, déjà condamné par le passé pour des faits de violences, aurait été placé en garde à vue.
Les enquêteurs ont prélevé son ADN et l’ont comparé aux traces retrouvées sur les scènes de crime. La famille du suspect avait déjà été approchée dans le cadre de l’enquête, mais l’homme n’avait jamais été directement inquiété. C’est le progrès des techniques d’analyse génétique, couplé à une révision complète du dossier par le pôle Cold Cases de Nanterre, qui a permis d’établir ce lien.
Interrogé par la police, l’homme aurait nié les faits. Mais les éléments matériels, conjugués à plusieurs témoignages tardifs, pourraient suffire à le renvoyer devant la cour d’assises. Le parquet de Montpellier a requis son placement en détention provisoire en attendant la suite de l’instruction.
Les zones d’ombre qui persistent
Si l’identification d’un suspect majeur constitue une avancée considérable, plusieurs questions restent en suspens. Le tueur présumé aurait-il agi seul ? Des complicités locales ont-elles facilité ses agissements ? Et surtout, le nombre réel de ses victimes est-il plus élevé que les six recensées officiellement ?
Certains enquêteurs établissent un parallèle troublant avec d’autres disparitions survenues dans le sud de la France, notamment à Narbonne et à Béziers. La période (1995-2010), le mode opératoire (étranglement, corps abandonnés près des axes ferroviaires) et le profil des victimes (femmes en situation de précarité) présentent des similitudes qui interrogent.
Le dossier des disparues de Perpignan illustre la difficulté des enquêtes criminelles sérielles, où chaque scène de crime raconte un fragment d’histoire, sans toujours que les enquêteurs parviennent à assembler le puzzle. L’affaire n’est pas sans rappeler les zones d’ombre qui persistent autour de l’affaire Michel Fourniret, où des années d’enquête ont été nécessaires pour établir la liste exhaustive des victimes.
Le rôle clé du pôle Cold Cases de Nanterre
Créé en 2022, le pôle dédié aux crimes non élucidés installé au tribunal judiciaire de Nanterre a joué un rôle déterminant dans la relance de ce dossier. La centralisation des enquêtes, la réévaluation des preuves anciennes à l’aune des nouvelles technologies et la coordination entre les différents parquets locaux ont permis de briser le plafond de verre qui bloquait l’enquête depuis des années.
Désormais, l’affaire des disparues de Perpignan rejoint la liste des dossiers suivis par ce pôle, aux côtés notamment de l’affaire Pauline Lafont et de l’affaire Ranucci. La justice emprunte aujourd’hui les chemins que la science lui ouvre, et les familles des victimes, après trente ans d’attente, espèrent enfin connaître la vérité.
Foire aux questions
Combien de femmes ont disparu à Perpignan entre 1995 et 2010 ?
Au moins six femmes ont disparu ou ont été assassinées dans des circonstances similaires aux abords de la gare de Perpignan. Les plus connues sont Tatiana Andujar (1995), Marie-Hélène Gonzales (1998), Mokhtaria Chaïb (2001), Fatima Deregnaucourt (2008), et plus récemment Vanessa (2010).
Qui est le suspect principal du tueur de l'Estagnol ?
Plusieurs suspects ont été identifiés au fil des enquêtes. En 2024, un homme de la région, déjà connu pour des faits de violences, a été placé en garde à vue. Son profil ADN serait en cours de comparaison avec les traces prélevées sur plusieurs scènes de crime.
Y a-t-il un lien entre ces disparitions et d'autres cold cases en France ?
Certains enquêteurs ont évoqué des similitudes avec le mode opératoire d'autres tueurs non identifiés, notamment celui qui sévissait dans l'Est de la France. Le pôle Cold Cases de Nanterre suit ces recoupements avec attention.