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La Guillotine en France : retour sur les dernières exécutions avant 1981

Auteur Rédaction Planète+ Justice
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La Guillotine en France : retour sur les dernières exécutions avant 1981

Pendant près de deux siècles, elle fut surnommée “le Rasoir National”, “la Veuve” ou encore “Louisette”. La guillotine, invention censée être humanitaire à l’origine, est restée l’unique mode d’exécution civile en France jusqu’en 1981. Symbole de la Terreur révolutionnaire mais aussi d’une justice implacable, son ombre a plané sur le droit pénal français bien plus longtemps que chez la plupart de nos voisins européens.

Revenir sur l’histoire de la guillotine, c’est plonger dans l’évolution de la morale publique et de la philosophie du droit. Comment la France est-elle passée de l’exécution publique spectacle à l’abolition définitive ? Quels furent les derniers visages à croiser le couperet ? Cet article retrace les dernières heures de la peine capitale en France.

L’invention du Dr Guillotin : Une ambition humaniste

Contrairement à une idée reçue, le docteur Joseph-Ignace Guillotin n’a pas inventé la machine, mais il en a préconisé l’utilisation. En 1789, son objectif était paradoxalement de réduire la souffrance. Avant la Révolution, les modes d’exécution dépendaient du rang social et de la nature du crime : la roue, l’écartèlement, la pendaison ou la décapitation à l’épée (réservée à la noblesse).

Guillotin voulait l’égalité devant la mort et une fin instantanée. “Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point”, déclarait-il devant l’Assemblée. La machine fut mise au point par le chirurgien Antoine Louis et le fabricant de clavecins Tobias Schmidt. La première exécution eut lieu en 1792.

La mécanique de “La Veuve”

La guillotine est une machine d’une précision chirurgicale. Deux montants de bois (les bois de justice), une rainure, un couperet en forme de trapèze lesté de plomb, et une lunette pour maintenir le cou du condamné.

Le rituel de l’exécution

Jusqu’aux dernières années, le rituel est resté quasi immuable. Le réveil à l’aube, la “dernière cigarette”, le verre de rhum, la “toilette du condamné” (on coupe les cheveux et le col de la chemise pour dégager la nuque). Ce processus, d’une froideur administrative absolue, visait à transformer un acte de violence d’État en une procédure technique.

Cette rigueur procédurale se retrouve dans tous les pans de la justice criminelle, du déroulement d’un procès d’Assises en France jusqu’à l’application de la sentence. La justice, pour être acceptée, se doit d’être prévisible, même dans son horreur.

Le tournant de 1939 : La fin des exécutions publiques

Pendant plus d’un siècle, la guillotine était dressée sur les places publiques (Place de Grève, puis devant la prison de la Santé). C’était un spectacle qui attirait les foules, les “tricoteuses” et les voyeurs.

L’affaire Weidmann

Le 17 juin 1939, Eugen Weidmann, un tueur en série allemand, est exécuté devant la prison de Versailles. Mais l’exécution est mal organisée, le public est incontrôlable, et des journalistes parviennent à prendre des photos depuis les étages d’un immeuble voisin. Le scandale est immense. Par décret, le gouvernement décide que les exécutions ne seront plus publiques et se dérouleront désormais dans l’enceinte des prisons, à l’abri des regards. La guillotine entre dans l’ombre, mais elle continue de tomber.

Les grandes affaires de l’après-guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, la France hésite. La peine de mort est maintenue, mais son application devient plus rare, dépendant largement de la personnalité des présidents de la République et de leur exercice du droit de grâce.

L’affaire Buffet et Bontems (1972)

C’est l’un des procès les plus marquants de l’histoire moderne. Claude Buffet et Roger Bontems, détenus à la prison de Clairvaux, prennent des otages lors d’une tentative d’évasion et finissent par les égorger. Buffet est le meurtrier, Bontems est son complice mais n’a pas tué. Pourtant, les deux sont condamnés à mort.

L’avocat de Bontems n’est autre que Robert Badinter. Il ne parvient pas à sauver la tête de son client. L’exécution de Bontems, qu’il juge être une erreur judiciaire au sens moral car il n’avait pas tué, sera le moteur de son combat pour l’abolition. “Celui qui n’a pas entendu le bruit du couperet ne peut pas comprendre”, dira-t-il plus tard.

Les trois dernières exécutions (1976-1977)

Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, trois hommes vont encore monter sur l’échafaud. Ces trois exécutions vont cristalliser les tensions entre une opinion publique majoritairement pour la peine de mort et une élite intellectuelle et juridique qui demande son abolition.

1. Christian Ranucci (28 juillet 1976)

Exécuté pour le meurtre de la petite Maria-Dolorès Rambla. Cette affaire reste l’une des plus controversées. Ranucci a-t-il réellement tué ? Le mystère du “pull-over rouge” a nourri des doutes immenses. C’est l’archétype du doute qui devrait profiter à l’accusé, un thème récurrent dans les 10 disparitions mystérieuses en France non élucidées. Giscard d’Estaing refuse la grâce, et Ranucci est guillotiné à Marseille.

2. Jérôme Carrein (23 juin 1977)

Un homme alcoolique, instable, condamné pour le viol et le meurtre d’une fillette dans le Nord. Son exécution a lieu à la prison de Douai. Elle se déroule dans une quasi-indifférence médiatique par rapport à l’affaire Ranucci, mais elle montre que la machine judiciaire continue de fonctionner sans faillir.

3. Hamida Djandoubi (10 septembre 1977) : Le dernier

Le destin a voulu que cet homme, condamné pour assassinat après tortures et actes de barbarie, soit le dernier exécuté de France. À la prison des Baumettes, à Marseille, le bourreau Marcel Chevalier actionne le couperet à 4h40 du matin. Personne ne sait alors que c’est l’ultime fois que “La Veuve” fait son office en France.

L’absence de cadavre est souvent un obstacle majeur à la condamnation, comme on le voit dans la disparition de Delphine Jubillar, mais pour Djandoubi, l’horreur des faits et les preuves matérielles ne laissaient aucune place au doute.

Robert Badinter et le grand débat de 1981

En 1981, François Mitterrand est élu président de la République après avoir clairement annoncé pendant sa campagne qu’il était contre la peine de mort, malgré une opinion publique hostile.

Le discours historique

Le 17 septembre 1981, Robert Badinter monte à la tribune de l’Assemblée nationale. Son discours est un chef-d’œuvre de rhétorique et d’humanisme. Il dénonce “une justice d’élimination”, une “justice de sang”. Il rappelle que la France est le dernier pays de la Communauté européenne à pratiquer les exécutions.

“Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue”, lance-t-il aux députés. La loi est votée par 363 voix contre 117. Le 9 octobre 1981, la peine de mort est officiellement abolie en France.

L’héritage de la guillotine : Où sont passées les machines ?

Après l’abolition, les guillotines ont été retirées du service actif. Celle qui servait aux exécutions civiles, conservée à la prison de la Santé, a été transférée au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille, mais elle n’est pas exposée de manière permanente, le sujet restant sensible.

La fin du bourreau

Le métier de bourreau (officiellement “Exécuteur des hautes œuvres”) s’est éteint avec la machine. La famille Deibler, puis les Obrecht et les Chevalier, avaient géré les exécutions pendant des décennies, souvent de père en fils, vivant en marge de la société, craints et méprisés.

La peine de mort aujourd’hui : Un débat clos ?

Bien que la peine de mort ait été retirée de la Constitution française en 2007 (article 66-1 : “Nul ne peut être condamné à la peine de mort”), le débat ressurgit parfois dans l’opinion publique lors de crimes particulièrement odieux ou d’attentats terroristes.

Cependant, la France est liée par des traités internationaux, notamment la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdisent le rétablissement de la peine capitale. La justice moderne a définitivement tourné la page de l’élimination physique pour se concentrer sur la réinsertion ou la rétention de sûreté pour les profils les plus dangereux, comme ceux étudiés dans l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, si tant est qu’il soit un jour retrouvé et jugé.

Conclusion

L’histoire de la guillotine en France est celle d’un long divorce entre un instrument de mort et une société en quête d’humanité. De l’ambition “douce” de Guillotin à la fureur de la Terreur, puis à la froideur administrative des Baumettes, la machine a traversé les siècles comme un témoin gênant de nos propres contradictions.

Aujourd’hui, alors que nous explorons les méandres du crime à travers des podcasts, des séries et des articles de “Planète+ Justice”, il est essentiel de se rappeler que derrière chaque grande affaire criminelle, il y a eu, pendant longtemps, cette issue possible. L’abolition de 1981 n’a pas seulement supprimé une machine ; elle a changé la nature même de la relation entre l’État, le citoyen et la vie humaine.

Foire aux questions

Quand a eu lieu la dernière exécution en France ?

La dernière exécution capitale en France a eu lieu le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes, à Marseille. Le condamné était Hamida Djandoubi.

Qui a aboli la peine de mort en France ?

La peine de mort a été abolie par la loi du 9 octobre 1981, portée par Robert Badinter, alors ministre de la Justice sous la présidence de François Mitterrand.

Sources & Références